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vendredi 27 juillet 2007

Et toi, tu skouates où ? (1ère partie)

Du cagibi abandonné au centre culturel, une histoire d’idéal avant tout.



Très en vogue en ce moment, notamment auprès des jeunes, ce que l’on appelle aujourd’hui les skouats existent depuis bien longtemps. Et si le fait d’occuper illégalement des bâtiments désaffectés ou voués a l’abandon a toujours pour première vocation de répondre à une situation de précarité et à donner un toit a ceux qui n’ont pas les moyens de se le payer en toute légalité, comme dans les bidonvilles brésiliens et autres « shanty towns », une tendance toute nouvelle souffle sur les skouats d’aujourd’hui. Ces derniers ne sont plus seulement une réponse à la précarité du logement mais reflètent un idéal de la pensée, conférant aux usines désaffectées une certaine esthétique de l’abandon, du recyclage - bricolage, et transformant parfois de vieilles friches en véritables plate-formes de la culture, affirmant au sein de la communauté locale un rôle social, voir même éducatif. Pensez par exemple au centre culturel de La Friche La Belle de mai a Marseille qui s’est installé en 1997 dans une ancienne manufacture des tabacs, un immense site industriel ; ou encore au centre Metelkova a Ljubljana qui est née de l’occupation d’un complexe militaire après le retrait des troupes yougoslaves en 91 et qui a évolué petit a petit jusqu'à devenir un des points de rencontres de la culture alternative européenne. Il existe même un réseau européen, Trans Europe Hall network, regroupant sous le même drapeau une liste grandissante de centres culturels nés de la commune volonté d’ouverture et d’independance. Le réseau a été fondé en 1983 et compte aujourd’hui 45 pays membres dans 25 pays differents. ( www.teh.net )

Mais hormis le fait qu’ils se sont installées sur des friches, qu’ont donc en commun tous ces établissements ? A première vue, les graffitis sur les murs ; et puis si l’on regarde d’un peu plus près, notons un brin de nonchalance et d’originalité dans la programmation, un souci permanent d’ouverture, et surtout l’indépendance qu’ils chérissent car elle est garante de la liberté créatrice. Sans oublier, bien sûr, les gens, car se sont avant tout des personnalités qui donnent a ses lieux tant d’intimité. Jusqu’ou les skouats sont prêts a défendre leur indépendance ? C’est la le grand dilemme de ces lieux a mi-chemin entre intégration et opposition. L’appui de la municipalité et le statut légal est un facteur indispensable a l’entreprise de grands projets, mais bénéficier de l’appui des institutions culturelles en place nécessite trop souvent de se fondre dans un moule qui ne correspondrait plus en rien a « l’esprit des skouats ». Repeignez les graffitis, rénovez tous les bâtiments en fonction des normes européennes de sécurité, construisez des murs anti son entre les differents clubs et transformez le grill exterieur en cuisine aséptisée, et vous ne verrez plus un chat à Metelkova.

Tous nos skouats culturels se voient donc condamnés à rester bloqués à la frontière entre légale et illégal ? Le problème c’est que la municipalité répond trop souvent a la question du statut légal par la simple expulsion voir même la destruction, comme nous l’avons vu en mars dernier lors des affrontements au sujet de la maison de jeunes de Copenhague (Danemark). Apres de nombreuses manifestations, quelques arrestations massives et parfois injustifiées, tous les usagers ont du faire le deuil de leur maison des jeunes, et le centre a finalement été entièrement démoli. Du coup, ces établissements préfèrent rester dans l’ombre clandestine plutôt que d’entamer une série de procédure légale qui pourrait les mener à leur perte, et un certain climat d’hostilité s’installe entre les deux camps. Dans ces conditions s’initie aussi le risque de l’isolement. Si les « skouates culturels » s’ouvrent au public en offrant concerts, expositions, débats, tout en criant haut et fort l’ouverture d’esprit contre la culture consumériste de masse, ils doivent aussi faire un effort d’accessibilité dans leur programmation afin de renouveler leur public.

Car se renfermer, c’est courir le risque de la stigmatisation. Ces lieux, en effet, divisent souvent la population : Il y a ceux qui y vont, et qui sont tout de suite à ranger dans la catégories des gens étranges aux yeux de ceux qui n’y vont pas ; et ceux qui n’y mettent pas les pieds et qui n’y mettront jamais les pieds, et qui sont rangés dans la catégorie de « vendus » par ceux qui y vont. Si l’on ne veut pas que ces charmants endroits, rares espaces de liberté, de créativité et d’humanité se transforment en secte ou en mouroir à idéalistes blasés, il n’y a qu’un mot a dire : allons y ! ! Osez vous renseigner- car ces endroits ne figurent pas souvent sur les brochures d’information touristique- , et franchissez la porte – malgré les morceaux de verre qui jonchent le sol. Si la fréquentation se renouvelle, les skouats souffleront d’un nouvel air de liberté. Et si l’influence des ces lieux grandit a l’échelle locale, la municipalité entendra peut être leur voix avec plus de calme.

2ème partie : Mardi 31 Juillet

Mathilde Baud

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